RAID MAROC 1997 : CARNET DE VOYAGE

Avec une Yamaha 350 TT "ex Carbi", je suis tenté par la découverte de l'Afrique et plus particulièrement le Maroc. Mais je ne suis pas le seul à vouloir traverser la Grande Bleue pour marquer le sol africain de nos Michelins désert. Fabrice, Laurent, Alain, Cyril et moi-même organisons notre "Raid Maroc", bien aidés par les pompiers de la  Comac que nous allons représenter car ce raid Désertour n'est ouvert qu'à notre profession. 


Notre budget étant serré, nous descendons motos, caisses us et pilotes jusqu'à Malaga au sud de l'Espagne dans le camion de "Clermont Humanitaire". Voyage truffé d'embûches mais qui nous permet de tester la réactivité et la cohésion du groupe. Nous sommes mentalement prêts à affronter l'Afrique.



Pendant la traversée du détroit de Gibraltar, nous prenons la pose et récupérons d'une courte nuit, bien arrosée chez Domingo de Malaga.
Après avoir cramé 3 heures sous le soleil de la douane marocaine et s'être allégé de quelques centaines de dirhams, les douaniers nous font entrés enfin en terres africaines. Les choses sérieuses vont pouvoir commencer...

En fait, c'est plutôt les emmerdes qui débutent et qui vont nous accompagner tout au long des 2500 km. Nos compteurs en affichent à peine 2 qu'il faut déjà dépouiller le 600 TT de Fabrice à la recherche d'une panne improbable. La mort dans l'âme, notre Fafa est contraint d'abandonner sa belle chez un garagiste marocain et continuer le raid Maroc dans le 4x4 de Francis. Dommage car nous perdons un élément de valeur mais nous le retrouverons régulièrement.


De Fez et sa fourmilière,
nous quittons le goudron pour les pistes du Moyen Atlas. Le spectacle est à la hauteur de nos espérances : majestueux, minéral en haut, végétal en bas; rude et poussiéreux pour les pilotes, cassant pour les machines. D'ailleurs, le câble de gaz du 600 TT d'Alain  fini par lâcher dans la longue montée vers Imilchil. Nous remplaçons sa poignée par une gâchette type quad et finissons l'étape au lac de Tislit, perdu dans l'Atlas à 2200 mètres d'altitude. Panorama exceptionnel !!!
Le Moyen Atlas est un massif montagneux allongé sur quelque 350 km, du sud-ouest au nord-est du Maroc, situé entre le Rif et le Haut Atlas, et couvrant une superficie totale de 2,3 millions d'hectares, soit 18 % du domaine altimontain de ce pays.

Nous passons la nuit sous la tente berbère  à essayer de récupérer malgré l'orchestre de ronfleurs qui nous entourent. Le lendemain, nous quittons ce site idyllique pour le sud mais la rudesse du terrain  nous stoppe net : la suspension arrière d'Alain vient de cassée.L'ombre de l'abandon rode au-dessus de sa tête. Nous serons sauvé  par le soudeur d'Imilchil :: un marocain de 15-16 ans qui va réparer en 50 minutes montre en main, avec du matériel venu de l'âge de fer. Là, nous "apprenons"  l'Afrique.


Imilchil est une bourgade située à 2 200 m d'altitude au cœur du Haut Atlas oriental relevant de la province de Midelt dans le territoire des Aït Hdiddou, l'une des tribus de la fameuse confédération des Aït Yafelman.


 Nous quittons les montagnes, direction le sable vers la frontière malienne via la vallée du Dadès pour rejoindre Ouarzazate.
"Excusez-moi Monsieur, c'est où le sud ?"
Ouarzazate  aussi surnommée « la porte du désert ».
Située à la rencontre des vallées de l'oued Ouarzazate et de l'oued Dadès (issus du Haut Atlas) qui forment l'oued Draa à l'aval de leur confluent, elle est le centre névralgique d'une vaste région du Sud Marocain. Ouarzazate évoque à la fois les contreforts sud du Haut Atlas et la proximité du désert.
Ses innombrables kasbahs en pisé, des montagnes et plaines arides, des vallées et oasis verdoyants, des palmeraies et des villages de terre rouge ou ocre font le charme de cette région

 Bien sur, nous ne sommes pas épargnés par les crevaisons et les chutes mais nous arrivons entiers à Zagora par la vallée du Dràa.Sur ces terres de contrastes, à chaque arrêt, nous sommes surpris par tous ces gamins venus de nul-part et qui s'agglutinent autour de nous. Pieds nus, ils courent plus vite que des lapins et malgré le contexte difficile, ils affichent un sourire incroyable.


Les portes de Zagora.
Elle est située dans la région de Souss-Massa-Draâ dans le sud marocain et est entourée de quelques belles kasbahs anciennes autour desquelles les bergers conduisent leurs moutons. Le désert est proche et le paysage prend une splendeur minérale dont l'éclat rejaillit sur les constructions.
La ville nouvelle de Zagora date du protectorat français dont elle était un des centres administratifs. Toutefois, l'oasis était habitée depuis bien plus longtemps, puisque c'est de là qu'est partie l'expédition des Saadiens vers Tombouctou en 1591. Un panneau, au centre de la ville, indique Tombouctou 52 jours alors qu'il en a fallu 135 à l'armée saadienne pour y parvenir.
Les températures s'élèvent en descendant au Sud.
En été, le thermomètre monte à 40 pour chuter en hiver à 2 degrés.
Même si Alain sue et fond à vue d'oeil, 32 est encore supportable tant qu'on roule.

Demain, nous allons prendre une piste qui longe et surplombe, sur un plateau désertique, la vallée du Dadès.
Elle nous conduira jusqu'à Merzouga et ses dunes bien connues.


Enfin, nous y sommes dans le sable !!!
Merzouga est réputé pour ses dunes, les plus hautes du Maroc. Le village jouxte en effet le plus grand erg du Maroc l'erg Chebbi.
Merzouga est devenu un pôle d'attraction touristique de première importance pour cette région du Maroc, permettant le développement d'une industrie hôtelière, aussi bien localement que dans les localités voisines de Errachidia et d'Erfoud.

Une fois encore nos motos ont eu un pouvoir d'attraction auprès des petits marocains.
Au centre, Mohamed, habillé traditionnellement "touareg" sera notre guide occasionnel pour faire du troc autour de la tente berbère et ce jusque tard dans la nuit.

Il est temps de penser à prendre les pistes du retour pour remonter au Nord.
"Hé Laurent, t'es sur que c'est par là?
Nous, on voit rien, à part du sable!
Mais si les gars, j'vous dis que Fez, c'est de l'autre coté des dunes!!!"
A ce Lolo, un vrai renard du désert.

En quittant Merzouga, non sans regrets, mon 350 TT tombe en panne.
C'est quoi ce bins!
Au bout de 10 minutes,de recherche et d'énervement, il s'avère que j'ai oublié d'ouvrir l'essence.....
Nous repartons le couteau entre les dents jusqu'à ce que le 600 XR de Cyril s'arrête, à l'agonie.
Le mono Honda est rincé. Direction la benne du 4x4 balais des parisiens.
Nous ne sommes plus que trois en selle, mais pour combien de temps?

En remontant plein Nord, nous retrouvons la civilisation presque occidentale de nos origines.
 Avant de revenir sur Fez, nous faisons une halte à Meknes, pour un repas dans un hôtel restaurant ayant accueilli plusieurs fois le Paris-Dakar ou encore le rally du Maroc.
 Le patron nous reçoit comme des vedettes de course et se plis en quatre pour nous être agréable.
 Il va jusqu'à nous faire cuire des galettes de pain frais au four communal, chauffé 24h sur 24h par les habitants, à tour de rôle. En dégustant un excellent tajine, il nous raconte avec beaucoup de nostalgie dans la voie, la grande époque où les courses faisaient étape dans sa ville.
 Son établissement témoingne de cette période faste pour l'économie locale.


Le cadre d'Alain a fini par cédé définitivement lors d'un passage à gué.
Fixation arrière du moteur arrachée au niveau du cale-pieds:
c'est pas réparable sur place donc direction le 4x4 balais.
Bilan des courses, nous ne sommes plus que deux à finir ce raid: Laurent et moi.
Un constat s'impose: nos petits Yam 350 TT sont plus fiables que les gros 4 coups de 600 cm3.
Retour à Fez pour le groupe et dans la bonne humeur malgré tous ces problèmes.
Ici sur les hauteurs de la Médina, au-dessus du quartier des taneurs de peaux.
De gauche à droite: Alain, Bibi, Fabrice, Laurent et Cyrille.
Après la soirée de cloture sous la tente berbère, il est temps de songer au retour.
Retour avec nos amis de "Pharmaciens sans frontières" qui sera épique puisque marqué par une panne de turbo à 1h00 du matin au beau milieu de la campagne espagnole.
Alain, notre Gèo trouve-tout a réussi à dépanner le turbo pour aller jusqu'à Burgos  dans un garage Scania. Ouf!